Je me demande si pardonner ce n'est pas finalement le moment ou tu as complètement oublié la peine que tu as ressentie au moment des faits. 

Il est hypocrite et un peu trop chrétien à mon goût d'espérer que l'Homme parvient à pardonner dans le seul but d'aimer son prochain coûte que coûte. Quelle arnaque!

L'Homme oublie, le temps passe et la mémoire finit par sélectionner les blessures, les joies, les amours... Le temps n'efface rien mais laisse place à cette vaste et noble notion de "pardon".

Si l'on s'obstine dans la douleur et la souffrance ce n'est pas par amour, c'est parce qu'on sait, on se persuade que ce n'est pas grave et que le temps nous fera la faveur d'oublier, d'estomper notre colère. 

Le pardon, c'est le temps. Du temps et de la volonté : la volonté d'y croire, de se dire "ce n'est pas grave", "ça passera", "il/elle n'a pas fait exprès"... Ce qui est bien c'est que c'est aussi valable en amitié qu'en amour. En même temps, les déceptions sont partout.

Mais le temps n'empêche pas les souvenirs... brûlants, douloureux, à vif. On a déjà pardonné, mais notre âme pas tout à fait. Parce qu'en réalité on aime avec sa tête, et la raison nous dit de continuer, d'avancer, d'y croire et d'oublier... 

Les souvenirs sont là pour nous rappeler à l'ordre, nous torturer un peu plus, nous forcer à la méfiance... Et l'on sait comme le pardon prend du temps, puisque c'est ce qu'il est, et rien d'autre.

Mais pourquoi s'enfoncer dans la souffrance, dans les relations destructrices si l'on en a conscience ? Est-ce ici la raison qui parle ? Impossible... Ou alors on espère raisonnablement que l'avenir sera différent... Puisqu'il n'y a que ça si l'on ne pardonne pas: l'espoir, l'attente d'autre chose. Sauf en amitié, cette valeur n'est pas valable: c'est ici que l'impardonnable prend tout son sens, et ce justement parce que ce sont les liens, ce domaine de pureté qu'il nous reste. L'amour est perverti.

"Le bonheur n'existe pas. L'amour est impossible.
Rien n'est grave." Frederic Beigbeder

Ainsi, autant s'exonérer du pardon, c'est une quête impossible, insatiable pour ma part et bien trop douloureuse. On est fait pour faire souffrir et le subir en retour, assumons le mieux possible.

Quant aux blessures lorsqu'elles sont encore à vif ? Que reste-t-il des sujets qui fâchent encore et toujours: question de temps, de volonté ou d'amour, à vous de choisir.

Moi je n'ai pas encore choisi.